Pourquoi certains comportements d’enfants nous dérangent-ils autant ?

comportements dérangeant crèche

Quand le comportement de l’enfant rencontre notre histoire d’adulte

Dans les équipes de la petite enfance, il existe parfois des enfants qui « nous épuisent », qui « nous mettent à bout » ou avec lesquels « le courant ne passe pas ». Ces ressentis sont humains.

Contrairement à une idée répandue, les professionnels ne sont pas des êtres neutres. Ils arrivent chaque matin avec leur histoire, leurs valeurs, leur éducation, leurs expériences personnelles et leurs propres sensibilités émotionnelles. Cette réalité est largement reconnue dans les travaux sur l’analyse des pratiques professionnelles.  

Lorsqu’un enfant crie beaucoup, il peut réveiller chez nous des souvenirs inconscients liés à notre propre enfance. Lorsqu’un enfant refuse systématiquement les consignes, il peut venir bousculer notre besoin d’ordre ou de contrôle. Lorsqu’un enfant sollicite constamment l’adulte, il peut mettre à l’épreuve notre disponibilité émotionnelle.

Le problème n’est pas que ces émotions existent.

Le véritable enjeu est de les reconnaître.

Des comportements normaux parfois perçus comme problématiques

Dans les structures d’accueil, certains comportements reviennent régulièrement dans les préoccupations des équipes :

  • les morsures ;
  • l’agitation ;
  • les colères ;
  • les pleurs prolongés ;
  • l’opposition ;
  • les demandes répétées d’attention.

Pourtant, la littérature professionnelle rappelle régulièrement que ces manifestations sont souvent liées aux étapes du développement de l’enfant plutôt qu’à une volonté de nuire ou de provoquer.  

Un jeune enfant n’a pas encore les compétences neurologiques et émotionnelles permettant de réguler pleinement ses émotions, ses impulsions ou ses frustrations.

Autrement dit, ce qui nous dérange n’est pas toujours un problème chez l’enfant.

C’est parfois simplement une compétence encore en construction.

Les attentes implicites des adultes

Dans les structures éducatives, nous avons parfois tendance à apprécier davantage les enfants qui :

  • restent calmes ;
  • respectent spontanément les règles ;
  • attendent leur tour ;
  • s’adaptent facilement au collectif ;
  • expriment peu leurs émotions.

Ces comportements facilitent naturellement le quotidien.

Mais ils ne constituent pas forcément des indicateurs de bien-être ou de développement harmonieux.

À l’inverse, un enfant qui explore beaucoup, questionne les règles, manifeste fortement ses émotions ou a besoin d’un accompagnement rapproché peut rapidement être perçu comme « difficile ».

Cette perception mérite régulièrement d’être interrogée.

Car le risque est de considérer comme problématique un comportement qui est simplement inconfortable pour l’adulte.

Ce que les comportements des enfants racontent parfois de nos organisations

Lorsque plusieurs professionnels se sentent en difficulté avec certains enfants, la question ne concerne pas uniquement l’enfant.

Elle invite aussi à regarder le fonctionnement collectif.

Un enfant très agité évolue-t-il dans un environnement suffisamment adapté à ses besoins moteurs ?

Les temps d’attente sont-ils trop longs ?

L’équipe dispose-t-elle d’espaces pour déposer ses émotions et analyser les situations complexes ?

Les recherches sur l’agressivité et les comportements difficiles en collectivité montrent que les interactions entre l’enfant, son environnement et le climat institutionnel jouent un rôle majeur dans l’émergence ou l’apaisement de certaines difficultés.  

Changer de regard

La question n’est donc peut-être pas :

« Pourquoi cet enfant se comporte-t-il ainsi ? »

Mais parfois :

« Pourquoi ce comportement me dérange-t-il autant ? »

Ce déplacement du regard ne minimise pas les difficultés rencontrées.

Il permet simplement de sortir d’une logique centrée sur le problème pour entrer dans une démarche de compréhension.

Et c’est souvent à cet endroit que commence véritablement l’accompagnement éducatif.