Morsures, crises, coups : comprendre l’agressivité du tout-petit sans la dramatiser

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L’agressivité n’est pas un défaut de caractère

Premier point essentiel : entre 1 et 3 ans, les comportements agressifs (morsures, coups, pincements, crises) sont développementalement normaux. Non pas tolérables au sens de « laisser faire », mais normaux au sens de « attendus et compréhensibles compte tenu de la maturité du cerveau ».

Le cerveau préfrontal — siège du contrôle des impulsions, de la régulation émotionnelle, de la capacité à se mettre à la place d’autrui — ne sera pleinement mature qu’autour de 25 ans. Chez un enfant de 18 mois, ce cortex est encore largement en construction. Lorsqu’un stimulus intense arrive (frustration, surprise, désir contrarié), l’amygdale — le « centre d’alarme » cérébral — prend le dessus. La morsure, le coup, la crise : c’est une réponse neurobiologique, pas un acte prémédité.

Allan Schore, neuropsychanalyste et auteur de The Science of the Art of Psychotherapy (2012), a montré que la capacité de régulation émotionnelle se construit dans la relation avec les adultes de référence — via ce qu’il appelle la co-régulation. L’enfant apprend à se réguler en étant régulé par l’adulte, pas en étant puni ou isolé.

La morsure en crèche : comment réagir concrètement

La morsure cristallise souvent l’anxiété des équipes, notamment parce qu’elle implique deux familles et peut vite devenir un sujet tendu. Voici ce que la recherche et les bonnes pratiques recommandent :

Côté enfant mordu : consoler immédiatement, soigner la plaie (eau, antiseptique si nécessaire), rester calme. Ne pas dramatiser devant l’enfant mordu, qui perçoit notre état émotionnel.

Côté enfant mordeur : intervenir brièvement, fermement et calmement. « Non, on ne mord pas, ça fait mal. » Court, sans sermon, sans isolement prolongé. L’enfant de 18 mois ne peut pas comprendre une explication longue ; il comprend le ton, la limite, et la cohérence dans le temps.

Côté équipe : chercher le déclencheur. La morsure est rarement aléatoire. Fatigue ? Espace trop chargé ? Transition non préparée ? En observant les contextes de répétition, on peut souvent agir sur les facteurs environnementaux.

La crise de colère (ou « crise de rage »)

La crise de colère, aussi appelée temper tantrum dans la littérature anglophone, est universelle entre 12 et 36 mois. Une étude de Potegal et Davidson (2003) analysant plus de 300 crises filmées montre qu’elles suivent une structure assez prévisible : pic d’intensité rapide, puis décroissance progressive. En moyenne, elles durent 2 à 3 minutes.

Ce que font les adultes pendant la crise a peu d’effet sur sa durée. Ce qui compte, c’est l’avant (prévenir la surcharge) et l’après (retrouver le lien, nommer l’émotion une fois l’enfant apaisé).

Concrètement, pendant la crise : rester physiquement proche mais sans contraindre, parler calmement à voix basse (« je suis là »), éviter de multiplier les injonctions. Après la crise : « Tu étais très en colère. Maintenant c’est passé. Je t’aime comme tu es. »

Ce que les familles ont besoin d’entendre

Quand un parent apprend que son enfant a mordu, ou qu’il a eu une grande crise, la réaction émotionnelle est forte. Honte, inquiétude, parfois culpabilité. Le rôle du professionnel est de dédramatiser sans minimiser : expliquer ce que cela signifie développementalement, décrire comment l’équipe gère la situation, et rassurer sur le fait que cela évoluera.


Pour aller plus loin :

  • Schore A. — The Science of the Art of Psychotherapy (Norton, 2012)
  • Potegal M., Davidson R. — Temper Tantrums in Young Children: 1. Behavioral Composition, Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 24(3), 2003
  • Filliozat I. — J’ai tout essayé ! (Marabout, 2011) — accessible aux familles et aux équipes
  • HAS — Troubles du comportement chez l’enfant de moins de 3 ans : repérage et conduite à tenir (2022)